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21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 13:50

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PSA : une femme debout contre la machine des licenciements


PSA : une femme debout contre la machine des licenciements
 

« Au fond, tous ces gens de pouvoir et d’argent, que savent-ils de nos vies, organisées autour de l’usine ? », interroge "Gigi", l’une des figures de la grève du site d’Aulnay de PSA, dans le témoignage poignant qu’elle publie chez Don Quichotte. « Ces gens » en apprendraient quelque chose s’ils prenaient le temps de lire Le salaire de la vie. Avec la journaliste Francine Raymond, Ghislaine Tormos livre un récit particulièrement émouvant, vif, efficace... et de nature à remettre l’humain au cœur de l’économie.

 

"Gigi" est une femme de cinquante ans, veuve et mère de trois enfants, ayant in extremis décroché un CDI chez PSA où elle occupe un poste traditionnellement masculin – monitrice sur une ligne de montage. Elle n’est pas née militante syndicale, mais l’est devenue au moment de l’annonce de la fermeture de son site, à Aulnay. Ghislaine Tormos voulait témoigner de la méthode, des mensonges et du coût humain d’un Plan de sauvegarde de l’emploi. Celui-ci s’applique chez PSA, où 3.000 salariés ont perdu leur emploi, mais fait écho au sort des salariés de Sanofi, Virgin, Goodyear, ArcelorMittal ou d’ailleurs.

Une course contre un serial killer

« On supprime des emplois industriels par milliers et c’est presque devenu une formalité dans le paysage actuel. Une minute, à peine, dans le journal de 20h. Mais il y a des femmes et des hommes derrière les chiffres et les courbes, il y a des vies », écrit Ghislaine Tormos. Elle a l’impression d’une course contre un serial killer. « C’est toujours la même histoire, une entreprise qui ferme, un plan social avec des centaines ou des milliers d’emplois purement et simplement supprimés (…) Certains menacent de faire sauter leur outil de travail, nous, nous négocions. J’ignore quelle est la meilleure façon de faire, mais ce dont je suis sûre, en revanche, c’est que défendre bec et ongles son travail est un combat juste ».

Le point de départ de la grève n’est pas anodin. Gigi raconte le management et les choix de la direction. On demande aux ouvriers de copier les méthodes de Tokyo consistant à s’orienter vers la production d’un seul modèle de voiture. Ces méthodes désorganisent et intensifient le travail, sans produire les effets escomptés en termes de vente. Résultat : les dirigeants expliquent ensuite, « avec le même aplomb », qu’une usine qui produit un seul véhicule est condamnée à terme. Pour autant, PSA continue d’engranger profits et aides publiques. Ainsi l’entreprise a-t-elle versé 250 millions d’euros de dividendes pour son exercice 2010. Et ce sont 8 milliards d’euros dont PSA a profité ces dernières années de la part de l’État.

Lâchés par le gouvernement

Le ministre du "Redressement productif" avait en son temps estimé qu’avec cette somme, l’État avait son mot à dire sur la fermeture du site d’Aulnay. Que nenni : le gouvernement a laissé faire. Les ministres n’ont pas mis les pieds dans l’usine pour écouter le point de vue des salariés, en grève pendant plusieurs mois après l’annonce de la fermeture par Philippe Varin (oui, oui, celui de la retraite chapeau à 21 millions d’euros !). Quand le PS a tenu, en avril 2013, son conseil national au centre des congrès de la Cité des sciences de la Villette, les ouvriers d’Aulnay-PSA sont venus leur rendre visite. Gigi raconte : « À notre arrivée, le ministre des Finances, Pierre Moscovici, hué par les ouvriers, parvient à s’éclipser discrètement. À l’usine nous savons parfaitement que ce gouvernement ne tient pas à contrarier le clan Peugeot et que le ministre des Finances joue régulièrement au golf avec des membres de cette grande famille ». Bref. Le changement, ce sera pour une autre fois. Adieu les promesses de non fermeture du candidat Hollande et les coups de sang du ministre Arnaud Montebourg. Gigi et les siens ont été lâchés, laissant le goût amer de la trahison et d’un sens insensé des priorités.

Ghislaine Tormos constate que les journalistes s’intéressent aux ouvriers quand ils font des coups d’éclat. Un jour de manif sur les Champs Élysées, raconte-t-elle, les micros se tendent et un vieux militant cégétiste murmure tout bas : « Tout ça pour trente secondes au journal ce soir ». Face à la brutalité des méthodes patronales et du gouvernement complice, Gigi formule un espoir, comme un rêve : « Si toutes ces femmes et ces hommes arrêtaient d’avoir peur et disaient tous ensemble ce qu’ils ont sur le cœur, ils n’auraient plus besoin de trembler : ils seraient invincibles ».

 


Chronique Mon oeil, par Clémentine Autain|  Revue Regards http://www.regards.fr

 

Ghislaine Tormos, Le salaire de la vie, Don Quichotte, 199 pages, 15 euros.

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Published by le LAB' - Laboratoire d'Actions pour Bezons
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