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5 février 2013 2 05 /02 /février /2013 09:53

 

 

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Le Sahel, miroir de la sécurité et de la paix mondiale

par Raymond Ayivi

Je ne suis pas très serein pour la sécurité et la paix du monde. Ce qui se joue au Sahel préfigure notre entrée dans l’ère de la guerre perpétuelle. Notre planète est beaucoup plus menacée qu’on pourrait le penser. Elle est devenue un gruyère avec des poches occupées par des sectes et groupes terroristes prêts à s’affubler du parti de Dieu. Je ne veux pas donner dans l’agitation de la peur. Soudan, Somalie, Syrie, Gaza, tout le Moyen-Orient, etc. le puzzle en dit long.

L’erreur libyenne assumée ?

L’emballement français à anéantir le régime de Kadhafi avec la destruction aérienne des infrastructures de l’État libyen n’était pas sans risques. Il a créé un désordre innommable au Sahel avec la dissémination çà et là d’armes sophistiquées, la résurgence de baronnies locales y compris celle des rebelles touareg. Je ne suis pas un expert en stratégie militaire mais le job tel qu’il a été effectué à Benghazi a lâché dans la nature sahélienne des loups. De Benghazi à Bamako, en passant par Alger, des groupes divers organisés circulent librement avec des armes sophistiquées et rêvent alors de territoires à conquérir. Toutes les dérives sont donc permises surtout qu’ils semblent disposer des soutiens de taille dans certains pays du Golfe. La position stratégique du Mali ne pouvait que tomber dans leur escarcelle. Dès lors, l’urgence réponse donnée par le président François Hollande à l’appel au secours formulé par les autorités maliennes sonne comme une normale assistance à peuple en danger.

Au commencement dans le nord du Nigeria, la démocratie se mue en « Democrazy »

Avant le Mali, le Nord du Nigeria abrite, depuis de nombreuses années, un mouvement religieux contestataire qui tentait au départ de combler le vide créé par l’incurie des partis progressistes. Cette secte s’est vite transformée en un enjeu géopolitique, principe actif d’un cycle attaques-représailles aussi spectaculaire que meurtrier et dont la devise est le Jihad (la propagation de la guerre sainte et de l’islam). Son nom est dorénavant connu par deux initiales : BH pour BokoHaram, l’expression signifiant :rejet de l’éducation occidentale. Souvent qualifié de « democrazy » (démocratie folle) en raison de l’agitation sociale et culturelle qui le caractérise, le Nigeria fait souvent parler de lui. Dans les années 2000, l’irruption de la loi islamique dans le nord du pays reflète surtout la réaction de populations paupérisées qui ne bénéficient pas de la rente pétrolière. On se rappelle qu’au printemps 2003, la condamnation à la lapidation d’une jeune femme accusée d’« adultère » avait défrayé la chronique. Entre juillet 2009 et début février 2011, BH a revendiqué cent soixante-quatre attaques, attentats-suicides, exécutions et braquages perpétrés jusqu’au cœur de la capitale fédérale, Abuja ; neuf cent trente-cinq personnes ont été tuées, dont une très large majorité de Nigérians de confession musulmane. La notoriété de BH n’échappe ni aux membres d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) ni aux shebab (combattants islamistes) de Somalie.

À combien de morts s’élève le macabre bilan des victimes de ce mouvement de terreur depuis sa fondation en 2002 par Mohamed Yusuf ? Rien que les affrontements de juillet 2009 à Maiduguri ont fait 700 morts. Et si Mohamed Yusuf a été capturé et exécuté par la police nigériane, après une véritable guerre acharnée, son successeur depuis août 2009, SanniUmaru a affirmé lui-même avoir tué au moins 1000 personnes. Le Nigeria, le géant de l’Afrique de l’Ouest, aux cent soixante millions d’habitants, lui qui fournit le plus gros contingent de la force africaine aujourd’hui au Mali, a-t-il fini d’éradiquer sur son sol la secte de BokoHaram, proche des salafistes et des talibans afghans ? Ce pays, symbole de l’islam intégriste, n’est-il pas confronté lui aussi à une partition entre le Nord musulman et le Sud chrétien ?

La prolifération de ces groupes AQMI, Ansar Dine (Mouvement qui rassemble avant tout des touareg islamisés, ainsi que d'anciens membres d'Aqmi), MNLA ((Mouvement National de Libération de l’Azawad), MUJAO (Mouvement pour l'Unicité et le Djihad en Afrique de l'Ouest), BokoHaram font craindre le pire en Afrique.

La dramatique prise d’otages en Algérie vient nous rappeler que ce qui se joue au Mali est global. Les pièces de ce puzzle sont nombreuses. Regardons un peu du côté de Téhéran qui caresse le rêve de jouer un rôle de superpuissance qui régnerait au Golfe arabique, en Asie mais aussi au Moyen-Orient via son protégé Bachar El Assad. On se rappelle aussi des violences provoquées par la montée des Islamistes en Algérie avec le Front Islamique du Salut d’Abassi Madani. L’axe du mal qui va de Téhéran à Alger en passant par Damas comme on l’appelle au temps des Bush veut accroître sa puissance face à l’Occident. L’Europe est dans sa ligne de mire et contrôler le très stratégique détroit de Gibraltar est dans toutes les convoitises. Il n’est pas impossible que le développement nucléaire militaire soit effectif sur une base dédiée l’Iran qui déploierait ses missiles balistiques.Une question de taille se pose alors : comment venir à bout de de ces mouvements fondamentalistes dont l’objectif est d’anéantir tout ce qui, selon eux, est péché, pour instaurer partout des entités étatiques basées sur la Charia ? Détruire des mausolées et autres biens culturels, classés au patrimoine de l’humanité, …, au nom de la Charia ; bastonner en public pour usage du tabac, consommation d’alcool, vols supposés ou réels, adultère suspecté, …, hommes et femmes sont soumis à une justice expéditive, la Charia, que reste-t-il des droits fondamentaux de l’homme ?





Un agenda caché de la France ? La Françafrique toujours aux aguets

La double approche, politique et militaire, sur la quelle insiste la communauté internationale pour la résolution de la crise malienne est à mon sens salutaire. Mais les messages qui nous sont envoyés ensuite demandent toute notre vigilance.

Moi, je fais partie des Français qui croient que s’agissant de l’Afrique, lorsque l’on pense souveraineté, on ne peut accepter le stationnement permanent des bases militaires françaises aux quatre coins de l’Afrique (Djibouti, Gabon, Centrafrique, Côte d’Ivoire, Tchad, Somalie, etc).S’agissant de l’argument sécuritaire des Français en Afrique qui en est la justification de certains, l’exemple le plus éloquent que j’ai toujours évoqué pour le contrer, c’est celui-ci : le seul fait qu’il y ait une majorité de Maliens à Montreuil, banlieue parisienne,suffirait-il de décider le stationnement permanent de forces maliennes aux portes de Montreuil, aux seules fins de justifier la sécurité des Maliens ! Il faut permettre le réel développement des pays les moins avancées, pour le développement du genre humain partout !

Comment décoder le message nébuleux envoyé aux autorités maliennes quand le quai d’Orsay parle de discuter avec les groupes armés non terroristes ? Comment les distingue-t-on ? Pour éclaircir le choix à venir de la France dans une situation déjà bien compliquée, Elizabeth Guigou, présidente de la Commission des Affaires Étrangères à l’Assemblée Nationale parle d’autonomie du Nord Mali. Je la cite : « Il faut qu'un plan d'autonomie pour le Nord du Mali soit mis en place parce que c'est demandé depuis très longtemps par les Touaregs en particulier mais pas seulement ». Le MNLA (Mouvement National de Libération de l’Azawad), puisque c’est de lui qu’il s’agit principalement, n’est-ce pas lui qui s’est allié hier avec les autres groupes pour chasser l’armée régulière des camps du nord ? Cette organisation n’a-t-elle pas porté atteinte à l’intégrité territoriale du Mali ? N’est-ce pas elle qui se proclame indépendantiste avec l’Azawad ?Le pouvoir français aurait-il un agenda caché ? Prépare-t-il les esprits à la partition du Mali ? Allez y comprendre !Cela nous rappelle les manœuvres d’un certain Soudan. C’est la Françafrique toujours aux aguets qui va continuer allègrement à faire marcher ses affaires aux dépens du développement des pays africains et de la normalisation des relations franco-africaines.

Penser le développement, c’est penser à la fois souveraineté et légitimité

Pendant que le Mali focalise toutes les attentions dans les médias, tous les coups sont permis chez « nos amis » les dictateurs. D’aucuns profitent pour décapiter leurs oppositions. Il semblerait même que les dictateurs africains pour accompagner le président Hollande dans la guerre du Mali lui demanderaient un deal : celui d’avoir sa confiance pour garantir la longévité de leur pouvoir. A qui profite finalement la guerre au Mali si ce n’est les mêmes, le réseau Françafrique. Au nom de la « lutte contre le terrorisme », faisons en sorte que le président normal qui promettait devenir le président d’une relation franco-africaine « normalisée » ne verse dans la tradition de ses prédécesseurs et serve encore des intérêts mafieux pour la longévité des despotes africains et leurs ouailles.

On peut se poser la question de savoir comment éradiquer au Mali des groupes islamistes qui s’évaporent comme des oiseaux migrateurs d’un endroit à l’autre au premier bombardement de nos Rafales ? Doit-on étendre la guerre aux pays voisins à commencer par la Mauritanie, l’Algérie, leurs refuges actuels ? Et ainsi de suite dans tout le Sahel ?

Au pays des hommes intègres de Joseph Ki-Zerbo, un adage dit ceci : « si vous êtes couchés devant des situations difficiles, vous êtes morts ». Je dirai la même chose sur ce que vit notre monde face au terrorisme . Si la souveraineté commande que les pays africains, eux-aussi se mettent ensemble pour former un grand ensemble pouvant défendre efficacement leur continent, la légitimité commande aussi que leurs leaders soient simplement l’émanation de leurs peuples et non des « amis personnels » que des puissances portent à bout de bras au nom des intérêts mafieux. Ainsi le combat contre le terrorisme conquérant deviendrait plus efficace


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Published by le LAB' - Laboratoire d'Actions pour Bezons
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