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Dominique Lesparre, Maire de Bezons (95), vice-président du Conseil général du Val-d'Oise a accordé une interview à propos des Assises du logement qu'il a organisé dans sa ville.
Dominique Lesparre, vous avez pris l'initiative d'organiser des Assises du logement à Bezons, la ville dont vous êtes maire. Quel en était votre objectif ?
Dominique Lesparre : La crise actuelle du logement est d'une extrême gravité. L'état des lieux, que les élus connaissent pour y être confrontés, met en évidence l'ampleur du problème et les difficultés qu'il génère pour des ménages toujours plus nombreux.
Nous assistons à un véritable désengagement de l'Etat qui, non seulement ne s'attelle pas à résoudre le problème, mais l'aggrave, notamment en coupant le robinet des crédits. Or, les citoyens en général et toutes ces personnes confrontées au mal-logement, en particulier, ignorent l'origine et les causes de leurs difficultés à se loger dignement.
Les principaux médias font preuve d'une très grande complaisance à l'égard du pouvoir en traitant cette problématique avec voyeurisme sans jamais pointer ses responsabilités.
Cette méconnaissance des orientations gouvernementales, à laquelle s'ajoute le fatalisme ambiant conduisent tout naturellement les citoyens dans la difficulté à se tourner vers la Mairie plutôt que vers l'Elysée ou Matignon.
A Bezons, nous recensons 4 700 logements sociaux (38 %) et plusieurs centaines sont construits chaque année,mais ils ne suffisent plus à reloger les 1 600 demandeurs. Je suis, à tort, pointé du doigt, alors que je ne suis pasresponsable de la situation.
C'est l'une des raisons pour laquelle nous avons décidé de lancer une grande campagne municipale d'information et de débats sur le sujet partant du principe que des citoyens informés sont davantage en capacité d'agir.
Comment y avez-vous associé les acteurs du logement, plus particulièrement les locataires et leurs représentants, et quel bilan tirez-vous de ces assises du logement ?
D. L : Je me suis adressé à chacun-e des demandeurs de logement et plus largement, au travers de nos publications municipales et de notre Lettre du logement, à l'ensemble des Bezonnais. Puis nous avons organisé des rencontres par quartier avec pour objectif la préparation de ces assises. De nombreux acteurs du logement sollicités nous ont fait part de leur souhait d'y participer, parmi lesquels deux bailleurs sociaux, un représentant de la Fondation Emmaüs, un représentant de promoteur immobilier, un dirigeant syndical, militant du logement social, la responsable des attributions de logement de notre ville et le maire d'une commune populaire voisine dont les témoignages montraient les similitudes avec les problématiques rencontrées. Quatre heures durant, nous avons traité de la question du logement pour tous en abordant tous les aspects : politique, juridique et pratique. Plus de 200 Bezonnais ont assisté à ces débats d'une très grande qualité qui ont fait ressortir une vision plus claire de la réalité.
La volonté de s'engager pour changer les choses s'est emparée de plusieurs dizaines de participants. Ce même soir,la pétition que nous proposions pour la défense du logement social a été signée par 90 % des participants et 30 % ont décidé de s'investir dans un collectif d'action sur lequel je reviendrais, si vous le voulez bien.
Au regard de ce qu'expriment les habitants de Bezons, quelle devrait être, selon vous, la priorité des politiques de logement ?
D.L : Il est impossible de définir, me semble-t-il, UNE priorité. L'urgence, est de faire du logement une grande cause nationale. L'urgence, c'est la construction, partout en France, de logements de qualité aux loyers abordables. La loi Boutin, véritable attaque en règle contre le logement social, doit être abolie, les expulsions interdites, les surloyers supprimés, les loyers gelés dans tous les secteurs locatifs, les plafonds de ressources augmentés, les aides personnelles au logement revalorisées, la vente des logements HLM abandonnée et, bien évidemment, les aides fiscales au logement spéculatif privé, annulées
Pour inviter aux Assises, pourquoi avez-vous pointé, au travers de deux affiches, la question du logement indigne ? Et est-ce une question prégnante à Bezons ?

D. L : A Bezons, cela reste une question préoccupante, malgré la vie dure que nous faisons aux marchands de sommeil. Progressivement, de nouveaux programmes de logements sortent de terre en lieu et place d'habitations insalubres. Cependant, ce type de logements dégradés existe encore sur la commune et, dans ce contexte de crise, il en est encore qui font leurs choux gras de la détresse humaine.
Je pense aux locataires qui vivent en surnombre dans des logements, parfois inconfortables, truffés de plomb, humides, ne disposant pas d'une salle d'eau, de toilettes intérieures, de chauffage et dont les loyers atteignent des sommets. Par ailleurs, dans notre ville, comme dans bon nombre de grandes agglomérations, des personnes vivent sous des tentes, dorment dans leur voiture.
Au travers de ces affiches, nous avons voulu marquer les esprits, pousser un cri d'alarme, nous imposer dans l'espace médiatique local.
Vous mettez aussi en accusation les maires du Val d'Oise qui ne respectent pas les obligations de la loi SRU d'avoir dans leur ville 20% de logements sociaux
D. L : Et comment ! L'Etat ne sanctionne quasiment pas ces communes hors-la-loi, alors que la loi SRU a déjà dix ans ! Elles sont 26 dans le Val-d'Oise et depuis une décennie, les différents préfets traînent les pieds pour la faire appliquer. 8 des 26 communes récalcitrantes ne respectent même pas les objectifs triennaux qu'elles ont pourtant acceptés. Elles préfèrent payer des amendes dont le montant est dérisoire plutôt que de répondre aux demandes pressantes de logements sociaux de leurs administrés. Comble du cynisme, leurs maires, presque tous de droite, n'hésitent pas à leur conseiller de faire une demande chez leurs voisins !
Cet irrespect de la loi représente un déficit de logements sociaux de 6 300 logements. Un chiffre considérable à mettre en rapport avec les 35 000 demandeurs de logement en Val-d'Oise. Cela est intolérable et nous le dénonçons !
Quelles suites envisagez-vous de donner aux Assises du logement ?
D. L : Nous poursuivons notre campagne de pétition contre la loi Boutin qui recueille déjà plusieurs centaines de signatures. Le collectif pour la défense du logement social dont je parlais tout à l'heure se met en place. Il rassemble une soixantaine de personnes qui veulent réfléchir, ensemble, aux actions qui pourraient être menées pour donner du poids aux propositions alternatives que j'évoquais précédemment.
Par ailleurs, je propose à notre Conseil municipal du 31 mars une adresse à l'ensemble des Bezonnais, associations, forces politiques et syndicales, élus, attachés aux valeurs solidaires du logement social. Il s'agit là d'un appel à entrer en résistance contre la politique gouvernementale, afin de construire un nouveau projet politique du logement pour la France et de créer un service public national du logement et de l'habitat. Une fois approuvée par le Conseil municipal, nous la diffuserons aux collectivités territoriales administrées par les élus de gauche, avec l'objectif de tenir des assises départementales, à l'image des Etats généraux du logement, de l'habitat et de la ville, initiés par l'ANECR, à Ivry, en février dernier.
La lettre du logement N°12 - Elunet.org Portail de l'action des Elus et de la vie citoyenne