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Gérard Noiret « Autoportrait au soleil couchant », prix Max Jacob 2012.
Gérard Noiret, nous le connaissons bien à Bezons. Il nous a offert des événements culturels et poétiques de hautes exigences (créations théâtrales « mise en voix », rencontres avec des auteurs, ...). Son recueil «le Pain aux alouettes » est publié en 1982, dans la prestigieuse collection « La petite sirène » qui avait accueilli Aragon, Dominique Grandmont, Francis Combes, Charles Dobzynski ! Puis il nous donne « Chatila », à lire et à entendre lors de sa première « mise en voix » au Théâtre Paul Eluard (1986). C'est à Bezons qu'il donnera la première et unique représentation de « Madame Bruneau », création tirée de son récit « Le commun des mortels » (prix Tristan Tzara 1991) . C'est à Bezons qu'il organisera la première rencontre des « poètes pour la Paix », une manifestation contre la première guerre du Golfe, en présence de Eugène Guillevic, autre grand de la poésie contemporaine.
« Autoportrait au soleil couchant » fait partie d'un ensemble littéraire, une fresque dont le premier tableau s'intitule « Chroniques d’inquiétude ». A la première lecture, on y découvre des personnages auteurs de poésie, dont les écrits sont rassemblés pour célébrer le vingtième anniversaire d'une collection « Colosse de Memnon ». Et nous voilà plongés dans un imaginaire, un monde d'effets et de reflets, plein de lyrisme, surprenant, étonnant. On découvre un récit construit à plusieurs voix. Gérard Noiret nous fait voyager dans un univers, le sien bien sûr, mais au travers de ceux qu'il nomme ses « Hétéronymes ».
Il nous les présente, leur donne corps et caractère. Il les fait vivre avec ses mots. Dès la première page une indication donne le ton « Un quatuor ». Oui, c'est un quatuor. Quatre voix, trois masculines et une voix de femme. Et il y a les silences, les respirations, le souffle. Chaque partie forme une partition. Comme un chef de chœur, Gérard nous donne à lire un ouvrage hors du commun. Chaque voix, nous permet de découvrir un nouveau registre exceptionnel de son écriture poétique.

Extraits :
C’est à l’intérieur de soi
Désormais que marcher
Marcher d’incapable phrase
De faire dix pas
Sans interroger
Son allure dans les vitrines
J’habite un lendemain de fête
Qui n’a jamais eu lieu
Une rue de confettis mouillés
Une traînée de meuble sur le rire
ICARE
Sous les structures métalliques de la verrière
qui soutiennent, aggravé par la neige,
un poids considérable,
les voyageurs luttent contre l’hiver.
Le visage emmitouflé, ils ignorent en bout de quai
la violoniste aux mains nues qui joue Paganini.
Tant de virtuosité devrait pourtant leur fournir un indice.
Encore faudrait-il qu’ils aient vu le tableau de Bruegel
et soient capables de le transposer.
Gérard NOIRET, Autoportrait au soleil couchant, Obsidiane, 126 p., 14 euros
Christine Sanguinède