Laboratoire d'Actions pour Bezons (LAB'). Groupe de réflexion et d’action pour une ville toujours dynamique,solidaire et ouverte sur le monde
Je vous propose, non pas un, mais deux ouvrages qui traitent de l'absurdité et de la dangerosité d'un monde libéral et capitaliste. Le premier « JUSQU'ICI TOUT VA BIEN ! »a été écrit par un ancien haut fonctionnaire, devenu membre du MEDEF. J'entends les réactions de certains « Quoi? Un membre du MEDEF? ». J'ai pensé que pour une fois qu'il y en avait un qui dénonce les dérives du système capitaliste, ce pouvait être intéressant. Quant au second livre, il s'agit d'un ouvrage de Susan Georges, un excellent ouvrage « Leur crise, nos solutions ». Susan Georges est écrivain, militante altermondialiste et est la présidente d’honneur d'ATTAC.
JUSQU'ICI TOUT VA BIEN ! De Éric Verhaeghe
A lire le titre, nous pourrions croire que son auteur est un homme heureux. Et pourtant... !
Fils d'ouvrier, il a grandi au pied des mines de charbon en Belgique et dans la pure tradition républicaine il a profité de l'ascenseur social jusqu'à devenir Énarque.
Il a fait carrière dans le secteur public, puis il est passé au secteur privé et a intégré en 2007 une fédération patronale. En 2009 il est nommé à la présidence de l'A.P.E.C. (Association Paritaire pour l'Emploi des Cadres) et se retrouve membre de plusieurs conseils d'administration.
Cet homme aurait pu continuer à vivre sa vie , tranquille, bien rémunéré. Mais voilà, cet homme a quelques valeurs. Il se revendique ni de gauche, ni de droite, mais voue à la république et à la démocratie un profond respect. Pour lui, seul compte l'intérêt général. Page après page, il nous livre ses réflexions, ses constats, son vécu de membre du MEDEF. Il en a claqué la porte avec fracas, écœuré par les « petits arrangement entre amis ».« Que des dirigeant gagnent très bien leur vie n'est pas choquant en soi. Mais que leur rémunération soit totalement disproportionnée par rapport à leur action effective dans l'entreprise pose une véritable question ». Sa prise de conscience, il en parle comme d'un éveil, ou plutôt d'un réveil, dans un monde où les inégalités ne cessent de croître au bénéfice de la cupidité de ces aristocrates. Pour ces derniers un seul mot d'ordre « atteindre la concurrence pure et parfaite ». Pour y arriver, « les principaux outils […] sont bien connus : la publicité, la mode, le phénomène collectif (comme les championnats de foot - NDLR)». Il liste ainsi tous les rouages d'un système bien rodé depuis les années 70. Il dénonce tout. Le système politique et fiscal fondé sur l'appétit d'un petit nombre, qu'il qualifie d'aristocratie libérale. Les mensonges : la dette, le coût du travail, les charges trop lourdes, « le travail ne coûte pas trop cher, mais l'aristocratie ne s'estime jamais assez rémunérée ». Il démontre l'injustice de la fiscalité : les impôts sur le revenus, la CSG, la TVA, etc. « Peu de français ont porté attention à la signification exacte de cette innovation fiscale (la CSG). En réalité, elle consiste à déporter sur eux une charge qui pesait sur les propriétaires du capital ». Il constate la mise en avant de l'insécurité comme outils politique pour influencer le vote des citoyens, et surtout éviter de parler de l'essentiel. Et la mondialisation « la grand hypocrisie de la mondialisation consiste à offrir une très grande liberté de circulation aux capitaux, qui peuvent disposer à leur guise de la main-d’œuvre partout dans le monde, mais à priver la main d’œuvre de cette liberté vis-à-vis du capital ».Sa conclusion s'intitule « pour une rupture profonde ». Il espère une république où le contrôle citoyen serait renforcé. Dans cette nouvelle société, les salariés devraient connaître la rémunération exacte de leur patron. Il invoque le contrôle citoyen, et notamment dans le monde économique « dès lors qu’une entreprise atteint une taille qui la rend plus puissante qu’un État, il faut la démanteler. On sait le faire quand l’entreprise constitue une menace pour la libre concurrence. Je ne vois pas pourquoi on n’aurait pas ce pouvoir dès lors qu’elle menace la souveraineté des peuples ».
ÉRIC VERHAEGHE, Jusqu'ici tout va bien, éd Jacob-Duvernet, 190 page, (février 2011)- 19,90€
CRISE VOUS AVEZ DIT CRISE ?
C'est par ces mots que commence la quatrième de couverture du livre « LEURS CRISES NOS SOLUTIONS » de Susan Georges.
Elle y décrit les mécanismes de la crise de 2008 d'une manière remarquable, et plus globalement les dangers du système capitaliste et de la pensée Libérale. L'irresponsabilité des banques, la loi regroupant les banques de dépôts et celles de la finances, les agences de notations, la crise des subprimes, etc. Elle y démontre aussi les solutions possibles, qui ne sont pas du tout utopiques, mais qui se heurtent au mur d'une information tronquée, déformée et « pilonnée » chaque jour dans les médias.
« Une classe sociale dominante internationalisée, organisée et déterminée, contrôle l'appareil productif mondial et les États, pour les mettre au service de leurs intérêts. Ses membres, "la classe de Davos",constituent un monde où la finance détermine l'économique qui détermine le social. Et la planète doit s'arranger avec cela ». Susan George appelle à inverser l'ordre des priorités. Chapitre après chapitre, elle dénonce, dans un style très pédagogique, les folies de la finance et l'injustice des inégalités croissantes (de revenus, mais aussi d'accès à la nourriture et à l'eau). Elle pointe aussi les risques de conflit (inégalités, réfugiés environnementaux…).
SUSAN GEORGES, leurs crises nos solutions , éd. Albin Michel, 368 pages ( mai 2010)- 20€
Christine Sanguinède